endormir


endormir

endormir [ ɑ̃dɔrmir ] v. tr. <conjug. : 16>
• 1080; lat. indormire « dormir sur », d'apr. dormir
1Faire dormir, amener au sommeil. Enfant difficile à endormir. « On le berce pour l'endormir » (Rousseau).
Spécialt Plonger dans un sommeil artificiel. Endormir un malade avant de l'opérer. anesthésier . « Les passes les plus efficaces pour l'endormir » (Baudelaire). hypnotiser.
2Donner envie de dormir à (qqn) à force d'ennui. assommer, ennuyer. Orateur qui endort son auditoire.
3Fig. Atténuer jusqu'à faire disparaître (une sensation pénible). calmer. « Le christianisme est un baume pour nos blessures, il endort la douleur » (Chateaubriand).
Rendre moins vif, moins agissant (un sentiment, une disposition d'esprit). Endormir les soupçons, la vigilance de qqn. « Une sorte d'ivresse qui finissait par endormir en lui les regrets » (Duhamel). « C'est à l'homme de savoir endormir les pudeurs qu'il rencontre » (Romains). Mettre (qqn) en confiance avant de l'abuser. « Il fallait l'endormir avec des paroles caressantes » (France). enjôler. Discours destiné à endormir l'opinion publique.
4 ♦ S'ENDORMIR v. pron. Commencer à dormir. s'assoupir. Brisée de fatigue, elle s'endormit. « Il s'endormait tout à coup en dodelinant de la tête » (Sartre).
Loc. S'endormir sur ses lauriers. S'endormir sur le rôti : se laisser aller à la satisfaction au lieu de rester actif et vigilant. Littér. S'endormir du sommeil de la tombe : mourir. S'endormir dans le Seigneur : mourir en état de grâce.
(Choses) Perdre de sa vivacité, de sa force. s'apaiser, s'atténuer, s'engourdir. « Le remords s'endort durant un destin prospère » (Rousseau). « Avec l'habitude de la continence, les sens aussi s'endorment » (Loti).
⊗ CONTR. Éveiller, réveiller.

endormir verbe transitif (latin indormire, dormir sur) Plonger quelqu'un dans le sommeil, faire qu'il commence à dormir : Le bercement endort les bébés. Plonger quelqu'un dans un sommeil artificiel par l'anesthésie, l'hypnose, etc. : Faire une piqûre à un malade pour l'endormir. Ennuyer profondément quelqu'un au point de lui donner envie de dormir : Tu vas nous endormir avec tes souvenirs de vacances. Faire tomber les craintes, les soupçons de quelqu'un, le mettre en confiance en général pour l'abuser : Propagande faite pour endormir l'opinion publique.endormir (citations) verbe transitif (latin indormire, dormir sur) Jean-Paul Marat Boudry, canton de Neuchâtel, 1743-Paris 1793 Pour enchaîner les peuples, on commence par les endormir. Les Chaînes de l'esclavageendormir (difficultés) verbe transitif (latin indormire, dormir sur) Conjugaison Comme dormir. ● endormir (expressions) verbe transitif (latin indormire, dormir sur) Endormir une douleur, la calmer, la rendre moins vive. ● endormir (synonymes) verbe transitif (latin indormire, dormir sur) Plonger quelqu'un dans le sommeil, faire qu'il commence à dormir
Synonymes :
Contraires :
- éveiller
- réveiller
Plonger quelqu'un dans un sommeil artificiel par l'anesthésie, l'hypnose, etc.
Synonymes :
- anesthésier
Ennuyer profondément quelqu'un au point de lui donner envie de...
Synonymes :
- barber (familier)
- enquiquiner (familier)
- raser (familier)
Contraires :
- intéresser
- séduire
Faire tomber les craintes, les soupçons de quelqu'un, le mettre...
Synonymes :
- embobiner (familier)
- enjôler
- entortiller (familier)
Endormir une douleur
Synonymes :

endormir
v.
rI./r v. tr.
d1./d Faire dormir. Endormir un enfant en le berçant. L'anesthésiste endort le patient qui va être opéré.
d2./d Provoquer le sommeil en ennuyant, lasser. Ce conférencier endort son auditoire.
d3./d Tromper (qqn) pour l'empêcher d'agir. Il l'endort par de belles paroles.
d4./d Atténuer (une sensation), rendre moins vif (un sentiment, une impression). Endormir la douleur. Endormir la vigilance de ses gardiens.
d5./d Engourdir, enlever toute activité à. Le froid endort la végétation.
rII./r v. Pron.
d1./d Commencer à dormir.
|| Avoir sommeil. Il est tard, je commence à m'endormir.
d2./d Fig. S'endormir dans le Seigneur: mourir.
d3./d Perdre de son activité, de sa vigilance, de sa vivacité. Le succès le pousse à s'endormir dans l'autosatisfaction.

⇒ENDORMIR, verbe.
I.— Emploi trans.
A.— [Le suj. désigne gén. une pers.; l'obj. désigne une pers. ou un animal]
1. Faire dormir, entraîner au sommeil :
1. Nulle ne berce mon chagrin et ne me parle. Ailleurs, je le sais bien, au fond de claires chambres,
Les mères ont des voix apaisantes qui chantent
Pour endormir les enfants tristes dans leurs larmes.
GUÉRIN, Le Cœur Solitaire, 1904, p. 86.
P. anal. [Le suj. désigne un état de la pers.] La fatigue qui l'endormait debout (ZOLA, Joie de vivre, 1884, p. 382).
Usuel, emploi pronom. subjectif
♦ [Aspect inchoactif] Commencer à dormir, avoir envie de dormir. Synon. s'assoupir :
2. La lumière, dans cet air humide et épais, colorait les objets de teintes un peu pâles et en émoussait les angles, comme il arrive quand on s'endort et que rien ne se voit plus distinctement.
MICHELET, Journal, 1820, p. 95.
♦ [Aspect inchoactif et duratif] Commencer à dormir et dormir. S'endormir dans les bras de, sur les genoux de; s'endormir paisiblement, profondément; finir par s'endormir. Quand la fatigue les accablait, ils s'endormaient pendant une ou deux heures dans des fauteuils, pour s'éveiller en sursaut (ZOLA, Th. Raquin, 1867, p. 148). Les oiseaux chantaient avant de s'endormir (MOSELLY, Terres lorr., 1907, p. 185) :
3. Il [Christophe] tombait de sommeil et s'endormit à peine rentré. Mais il fut réveillé deux ou trois fois dans la nuit, comme par une idée fixe. Il se répétait : « J'ai un ami »; et il se rendormait.
ROLLAND, Jean-Christophe, Le Matin, 1904, p. 154.
P. métaph. Le lobélia bleu s'endort comme un mulot, L'anémone se ferme (NOAILLES, Éblouiss., 1907, p. 205).
[Avec un compl. d'obj. interne] S'endormir du sommeil du juste. Elle s'endormit d'un sommeil de plomb jusqu'au lendemain matin (HUYSMANS, Marthe, 1876, p. 69).
♦ [Aspect imperfectif] Être dans un état intermédiaire entre la veille et le sommeil :
4. « — Il faut vous dire que je dors très mal. Quand il m'arrive de m'endormir, je ne perds pas le sentiment de mon sommeil. Ce n'est pas vraiment dormir, n'est-ce pas? Celui qui dort vraiment ne sent pas qu'il dort; simplement, à son réveil, il s'aperçoit qu'il a dormi. (...) »
GIDE, Les Faux-monnayeurs, 1925, p. 1218.
2. En partic. [Le suj. désigne une pers. ou un moyen physique ou chimique; l'obj. désigne une pers. ou un animal] Provoquer artificiellement le sommeil de.
a) (Quasi-)synon. de anesthésier. Le narcotique endormit le parfumeur (BALZAC, C. Birotteau, 1837, p. 351). On endormait les malades avec du chloroforme (FEYDEAU, Dame Maxim's, 1914, I, 18, p. 21).
b) (Quasi-)synon. de hypnotiser. Il [Janet] endormait les serpents (GIONO, Colline, 1929, p. 63). Les médecins réussirent à endormir et à réveiller sur ordre mental leur sujet (AMADOU, Parapsychol., 1954, p. 101).
B.— P. ext. Donner envie de dormir à, faire dormir une personne à force d'ennui. Synon. fam. barber, raser. Il m'endormait avec son Brahma, ce vieux bonze (PAILLERON, Monde où l'on s'ennuie, 1869, II, 1, p. 80). Sermon fort ennuyeux qui, la chaleur aidant, endormait les plus fanatiques (GREEN, Journal, 1937, p. 96).
Emploi pronom. Je lis sans m'endormir ,,La Tentation de Saint Antoine`` (RENARD, Journal, 1890, p. 58).
C.— P. anal. [L'obj. désigne un membre ou un organe] Diminuer ou supprimer la sensibilité de. (Quasi-)synon. anesthésier, insensibiliser.
P. ext. Altérer la mobilité ou la sensibilité de. Synon. ankyloser, engourdir. Ne pas savourer du faux bien-être qui vous endorme les jambes et vous attache à votre chaise (HUYSMANS, En mén., 1881, p. 61).
P. métaph., emploi pronom. Les mouvements des hommes de quart s'endormaient ralentis par les épaisseurs d'eau (GRACQ, Syrtes, 1951, p. 213).
D.— Au fig.
1. [L'obj. désigne une sensation ou un sentiment pénibles] Atténuer ou supprimer. Synon. calmer. Endormir la souffrance. Paroles magiques, qui endorment toutes les douleurs (CHATEAUBR., Génie, t. 2, 1803, p. 183).
J'endors les brûlures rien qu'avec la salive (GIONO, Solit. Pitié, 1932, p. 154).
P. métaph. Les neuf vierges de l'île de Sain, endormaient à leur volonté, ou éveillaient la tempête (MICHELET, Hist. romaine, t. 2, 1831, p. 235).
2. [L'obj. désigne une pers.] Tromper la vigilance de quelqu'un par la ruse ou en lui faisant illusion; le bercer d'illusion. Les citoyennes de Rome allaient endormir, à Capoue, Annibal entre leurs bras (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Boule de Suif, 1880, p. 144). On ne pouvait pas ruser avec lui, ni l'endormir (ROMAINS, Copains, 1913, p. 283) :
5. Mais voici quelque chose qui me tourmente encore plus, c'est le reproche que vous me faites sans cesse d'endormir des gens qui ne sont déjà que trop somnolents. Si je les endors, ce n'est pas en les caressant, toutefois.
GOBINEAU, Corresp. [avec Tocqueville], 1856, p. 258.
Emploi pronom. réfl. Se laisser aller à, se relâcher. Le sultan Mustapha s'endormait dans les voluptés (LAMART., Voy. en Orient, t. 2, 1835, p. 371). Il s'agit de prendre un nouveau départ, de ne pas s'endormir dans le terminus de la réussite (MAURIAC, Journal, 1934, p. 63).
S'endormir sur le fricot, le rôti. Négliger l'occasion propice. Tu vois, (...) que je ne m'endors pas sur le fricot (FLAUB., Corresp., 1871, p. 291). Ne nous endormons pas sur le rôti (GIONO, Bonheur fou, 1957, p. 143).
P. ext. [L'obj. désigne un sentiment, une disposition d'esprit] Atténuer ou supprimer l'effet d'une attitude. Endormir les soupçons. Il réussit à endormir la vigilance de ses chefs et de ses gardiens (THIERRY, Récits mérov., t. 2, 1840, p. 196). Je m'applique à endormir sa méfiance par des propos anodins (AYMÉ, Vaurien, 1931, p. 212). V. berlinois ex.
Absol. Manquer de vigilance, d'attention. Mon amitié ne s'endort pas (BALZAC, Corresp., 1839, p. 576).
Rem. On rencontre la constr. rare endormir à. Les rabbins forcent les riches à donner, quand nos curés les endorment à tout garder (Jouhandeau ds Vie Lang., 1973, p. 44).
II.— Emplois pronom. spécifiques, au fig.
A.— Littér. [Le suj. désigne une pers.] Mourir. Les héros grecs ne s'endorment pas comme les patriarches bibliques à côté de leurs pères (MÉNARD, Rêv. païen, 1876, p. 222).
[Gén. accompagné d'un compl. prép. indiquant qu'il s'agit du dernier sommeil] Six cents ans ont passé depuis que le vieil Alighieri s'est endormi, à Ravenne, sous le marbre sépulcral (OZANAM, Philos. Dante, 1838, p. 282).
Lang. relig. S'endormir dans le Seigneur. Mourir chrétiennement :
6. ... ils s'endormirent dans le Seigneur tous trois presque en même temps; le comte Longin trépassa le premier, Romulus mourut deux mois plus tard...
A. FRANCE, L'Étui de nacre, Sainte Euphrosine, 1892, p. 76.
B.— [Le suj. désigne un inanimé concr.]
1. [Le suj. désigne un lieu habité où la nuit tombe] Entrer dans le repos de la nuit. Les lueurs et les bruits allaient toujours en se mourant, la ville s'endormait (ZOLA, Curée, 1872, p. 454). Un coin de forêt, qui s'endormait dans la poussière chaude du couchant (MOSELLY, Terres lorr., 1907, p. 110).
2.— [Le suj. désigne un élément de la nature] Diminuer de force, d'intensité, offrir les apparences du sommeil. À l'automne, quand la feuille tombe et la sève s'endort (MICHELET, Insecte, 1857, p. 10). Quand je vois s'éteindre ces lumières et tous ces feux s'endormir sous la cendre (SAINT-EXUP., Citad., 1944, p. 583).
P. métaph. La rivière s'endort aux caresses des prés (JAMMES, Clairières, 1906, p. 133).
3. [Le suj. désigne un inanimé abstr.] Perdre de sa vivacité, de son importance. Synon. s'atténuer, s'estomper. Un souvenir ne meurt jamais, il s'endort simplement (MAETERL., Sablier, 1936, p. 95).
Prononc. et Orth. :[], (j')endors []. Enq. : // (il) endort. Ds Ac. 1694-1932. Conjug. Cf. dormir. Comme lui, perd au sing. du prés. de l'ind. la consonne finale du radical. Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1100 part. passé adj. « qui dort » (Roland, éd. J. Bédier, 2520); ca 1135 réfl. « entrer dans le sommeil » (Cour. Louis, éd. E. Langlois, 2090); b) 1176 part. passé subst. fém. « potion soporifique » (CHR. DE TROYES, Cligès, 5244 ds T.-L. : bëu a de l'andormie); 1572 « jusquiame » (R. HULOET, Dictionarie ds ROLL. Flore t. 8, p. 94); 1577 trans. méd. (JUNIUS, Nomencl., p. 318 ds GDF. Compl. : medecine qui endormit les malades); c) ca 1170 part. passé adj. « engourdi » (Rois, éd. E. R. Curtius, p. 105 [2 Sam. 23, 10]); d) 1820 part. passé adj. « calme, inactif » (LAMART., Médit., p. 160 : le monde endormi); 2. a) ca 1175 fig. « tromper » (B. DE SAINTE-MAURE, Chron. des Ducs de Normandie, éd. C. Fahlin, 11241 : E od beiau parler endormir); b) 1er quart du XIIIe s. part. passé adj. « relâché, négligent » (RENCLUS DE MOLLIENS, Miserere, CXIV, 3, éd. A.G. van Hamel, p. 194 : N'est pas perechous n'endormis); c) av. 1539 réfl. « perdre sa force, son acuité » (GRINGORE, Œuvres, t. 1, p. 47 : mon esprit [...] s'endormit); d) av. 1577 réfl. « s'atténuer, se calmer (d'une sensation, d'un état violent, intense) » (BELLEAU, Œuvres, t. I, p. 23 : mon esmoy S'endort); 3. XIIIe s. réfl. « mourir » (Psautier, Ms. Paris B. Maz 58 [anc. 258, ms. déb. 14e s.], f° 19 ds LITTRÉ); 1753 trans. arg. « tuer » (J.-J. VADÉ, Bouquet du Roy, p. 8 : Que Charlot vous endorme), 4. 1660 trans. « ennuyer » (BOILEAU, Satire I, 148, éd. A. Cahen, p. 38 : Allez de vos sermons endormir l'Auditeur). Du lat. class. indormire « dormir sur; être relâché, négligent », b. lat. « s'engourdir (d'un membre) ». Fréq. abs. littér. :3 151. Fréq. rel. littér. :XIXe s. : a) 3 677, b) 5 461; XXe s. : a) 5 491, b) 4 033. Bbg. GUIRAUD (P.). Le Ch. morpho-sém. du mot tromper. B. Soc. Ling. 1968, t. 63, pp. 96-109. — SAIN. Lang. par. 1920, p. 414.

endormir [ɑ̃dɔʀmiʀ] v. tr. [CONJUG. dormir.]
ÉTYM. 1080; du lat. indormire « dormir sur; être négligent », d'après dormir.
1 Faire dormir (qqn), provoquer le sommeil de (qqn). || Endormir un enfant; cet enfant est difficile à endormir, il faut le bercer (cit. 1). || Le balancement de la voiture l'endormait peu à peu. Assoupir.
(Mil. XIXe). Spécialt. Provoquer artificiellement le sommeil. || Endormir un malade à l'aide du chloroforme, de l'éther. Anesthésier, chloroformer. || Endormir un malade avant de l'opérer. Absolt. || Pour cette opération, il n'est pas nécessaire d'endormir.Endormir par suggestion. Hypnotiser.
1 Il répliqua faiblement (…) : « Oui, je désire être magnétisé » (…) Pendant qu'il parlait, j'avais commencé les passes que j'avais déjà reconnues les plus efficaces pour l'endormir (…) avec quelques passes latérales rapides, je fis palpiter les paupières, comme quand le sommeil nous prend, et en insistant un peu je les fermai tout à fait.
Baudelaire, Trad. E. Poe, Histoires extraordinaires, La vérité sur le cas de M. Valdemar.
2 (…) ça ressemblait à l'odeur de chloroforme quand on vous endort sur la grande table.
Sartre, le Sursis, p. 29.
(Sujet n. de la substance qui endort). || Le narcotique, le chloroforme l'endormit rapidement. Anesthésier.
2 (1660). Donner envie de dormir à (qqn) par ennui. Assommer, ennuyer, fatiguer, lasser (→ Affadir, cit. 3). || Il nous endort avec ses histoires. || Ce livre, cette pièce m'endort. || Endormir son auditoire (cit. 5) par un débit monotone (→ Égal, cit. 32). || Ce jeu m'endort; les cartes (cit. 3) l'endorment.
3 Allez de vos sermons endormir l'auditeur !
Boileau, Satires, I.
4 Cette chanson me semble un peu lugubre, elle endort (…)
Molière, le Bourgeois gentilhomme, I, 2.
5 Voilà votre portier et votre secrétaire :
Vous en ferez, je crois, d'excellents avocats;
Ils sont fort ignorants. — Non pas, Monsieur, non pas.
J'endormirai Monsieur tout aussi bien qu'un autre.
Racine, les Plaideurs, II, 14.
3 (1580). Rendre insensible ou moins sensible (un membre, un organe). Anesthésier, insensibiliser. || Endormir un membre avant de l'amputer.Par ext. Ankyloser, engourdir. || Endormir un bras, un membre par une attitude forcée, par une décharge électrique.(Le sujet désigne ce qui insensibilise). || La piqûre a endormi le membre.
6 (…) la torpille a cette condition (cette propriété), non seulement d'endormir les membres qui la touchent, mais au travers des filets et de la scène (seine, filet à traîner), elle transmet une pesanteur endormie aux mains de ceux qui la remuent et manient.
Montaigne, Essais, II, XII.
4 (1580). Fig. et littér. Atténuer jusqu'à faire disparaître (une sensation, un sentiment pénible). Adoucir, apaiser, attiédir, calmer, engourdir, soulager. || Endormir la douleur, le chagrin de qqn par des paroles de consolation. Consoler. || Endormir un souci, une peine, les rendre moins cuisants, les faire oublier momentanément.
7 Le monde endort les chagrins mais il ne les guérit pas.
Massillon, Avent, Des afflictions.
8 Il (le christianisme) endort la douleur, il fortifie la résolution chancelante (…)
Chateaubriand, le Génie du christianisme, II, III, 4.
Rendre moins vif, moins agissant (un sentiment, une disposition d'esprit). Amuser, bercer, leurrer, tromper. || Endormir la clairvoyance, la perspicacité, la prudence, la vigilance de quelqu'un (→ Baguette, cit. 5). Émousser. || Il a fallu endormir ses scrupules, ses appréhensions, ses soupçons… Surmonter, vaincre.
9 Les caresses du jeune bey qui lui étaient devenues de plus en plus douces, avaient peu à peu endormi ses projets de rébellion.
Loti, les Désenchantées, III, VIII, p. 81.
10 (…) quand il se trouvait mêlé à la foule, il éprouvait, malgré toutes les résolutions préalables, une sorte d'ivresse chaude et lucide qui ne lui était pas désagréable, au contraire, qui l'étonnait et finissait par endormir en lui les regrets qu'éprouve toujours un esprit scrupuleux quand il est distrait de ses tâches majeures.
G. Duhamel, le Voyage de Patrice Périot, II, p. 36.
11 C'est à l'homme de savoir vaincre, ou endormir, les pudeurs qu'il rencontre, si singulières soient-elles.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. V, I, p. 7.
5 (V. 1160). Littér. (Compl. n. de personne). || Endormir quelqu'un. Tromper; embobeliner, enjôler. || Endormir quelqu'un en le berçant d'illusions. || Il est méfiant et on ne l'endort pas facilement. || Endormir ses ennemis par des manœuvres, un simulacre de réconciliation, de belles paroles, de belles promesses. || Des discours destinés à endormir l'opinion publique.
12 Il fallait l'endormir avec des paroles caressantes.
France, le Lys rouge, XIX, p. 151.
13 On ne peut l'expliquer, ou que par une prodigieuse action de séduction exercée, presque à l'esbroufe, par Talleyrand, sur l'envoyé russe, ou que par une manœuvre machiavélique, le baron n'ayant peut-être mission que d'endormir le gouvernement français.
Louis Madelin, Hist. du Consulat et de l'Empire, Vers l'Empire d'Occident, XIII, p. 168.
(Passif). || L'opinion a été endormie par la propagande. → ci-dessous Endormi, p. p. adj.
——————
s'endormir v. pron.
1 Commencer à dormir, glisser dans le sommeil. || S'endormir à demi. Appesantir (s'), assoupir (s'), somnoler (→ Âtre, cit. 6; calme, cit. 6; dodeliner, cit. 1). || Il ferma les yeux, les paupières et s'endormit. || S'endormir aussitôt la tête sur l'oreiller (→ Peu, cit. 45). || Se coucher et s'endormir. || S'endormir avec peine, après de longues insomnies. || S'endormir d'un sommeil pesant. || S'endormir tard, au milieu de la nuit (→ Assoupir, cit. 1). || Brisé de fatigue, il s'était endormi au volant de sa voiture. || S'endormir sur un livre, par ennui, par fatigue. || S'endormir au théâtre, au cinéma.
14 Il s'endort, il s'éveille au son des instruments;
Son cœur nage dans la mollesse.
Racine, Esther, II, 8.
15 Qui s'endort dans le sein d'un père n'est pas en souci du réveil.
Rousseau, Julie ou la Nouvelle Héloïse, VI, Lettre XI.
16 À propos du sommeil, aventure sinistre de tous les soirs, on peut dire que les hommes s'endorment journellement avec une audace qui serait inintelligible si nous ne savions qu'elle est le résultat de l'ignorance du danger.
Baudelaire, Journaux intimes, Fusées, IX.
17 Je m'étais endormi la nuit, près de la grève.
Un vent frais m'éveilla, je sortis de mon rêve,
J'ouvris les yeux, je vis l'étoile du matin.
Hugo, les Châtiments, VI, « Stella ».
18 Telle était la fatigue de son long voyage qu'il s'endormit, malgré le trouble extrême de sa pensée, de ce sommeil obscur de la bête recrue, où il n'y a plus place même pour le rêve.
M. Barrès, la Colline inspirée, IV, p. 71.
19 Parmi les adultes, surtout parmi ceux qui habitent les grandes villes, il en est peu qui aient le bonheur de s'endormir « aussitôt la tête sur l'oreiller ».
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. III, XVII, p. 224.
Littér. (Choses). Entrer dans le repos de la nuit.
20 Salamanque en riant s'assied sur trois collines,
S'endort au son des mandolines,
Et s'éveille en sursaut aux cris des écoliers.
Hugo, les Orientales, « Grenade ».
21 Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D'hyacinthe et d'or;
Le monde s'endort
Dans une chaude lumière.
Baudelaire, les Fleurs du mal, « Invitation au voyage ».
2 Devenir moins actif, moins vivace…(Choses). Assoupir (s'). || Vigilance, clairvoyance qui s'endort. || Avec le temps ses peines, ses remords, ses scrupules se sont endormis. Apaiser (s'), effacer (s'), estomper (s').
22 (…) ce langage affété,
Où s'endort un esprit de mollesse hébété.
Boileau, Satires, IX.
23 Le remords s'endort durant un destin prospère, et s'aigrit dans l'adversité.
Rousseau, les Confessions, II.
24 Avec l'habitude de la continence, les sens aussi s'endorment pendant des périodes bien longues (…)
Loti, Pêcheur d'Islande, I, VI, p. 62.
(Personnes). || S'endormir dans les plaisirs, dans l'oisiveté, la mollesse. Amollir (s'), oublier (s'). || S'endormir dans une morne stupidité (→ Détruire, cit. 28). || S'endormir sur ses succès (→ Se reposer sur les lauriers).
Spécialt. || S'endormir dans l'illusion, dans l'erreur, dans une trompeuse quiétude. Illusionner (s'), fier (se fier à), leurrer (se).(Personnes et abstractions). || S'endormir sur (des illusions, des erreurs). → Se laisser bercer par…
25 De peur que, faute de rivaux, son amour ne s'endorme sur trop de confiance.
Molière, la Comtesse d'Escarbagnas, 2.
Loc. fig. S'endormir sur une affaire, ne pas s'en occuper (→ Laisser courir, laisser tomber).Fam. S'endormir sur le rôti : négliger l'occasion propice. Absolt. || Il ne s'endort pas : il agit.
26 Votre belle-mère ne s'endort point, et c'est sans doute quelque conspiration contre vos intérêts où elle pousse votre père.
Molière, le Malade imaginaire, I, 8.
3 Poét. (Choses). Diminuer de force, d'intensité; aller en s'affaiblissant. Atténuer (s'), cit. 10; mourir.
27 (Leurs voix) Ressemblaient à ces chants qu'on entend dans les rêves,
Aux bruits confus du flot qui s'endort sur les grèves,
Du vent qui s'endort dans les bois.
Hugo, les Orientales, III, 2.
28 (Vois…) Le soleil moribond s'endormir sous une arche.
Baudelaire, Nouvelles Fleurs du mal, « Recueillement ».
29 Oh ! pourtant, la belle soirée enjôleuse qui se prépare, quel ravissement d'être étendu dans ce caïque, sur cette eau qui s'apaise et s'endort.
Loti, Suprêmes visions d'Orient, p. 50.
4 Littér. (loc. concernant la mort). S'endormir du sommeil de la mort, de la tombe; du dernier sommeil. Mourir. — ☑ Relig. S'endormir au Seigneur, dans le Seigneur : mourir en état de grâce.
30 (…) le pauvre M. de Saintes s'est endormi cette nuit au Seigneur d'un sommeil éternel.
Mme de Sévigné, 553, 1er juil. 1676.
31 Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre !
A. de Vigny, Livre mystique, « Moïse ».
——————
endormi, ie p. p. adj.
A Adj. (1080).
1 Qui est en train de dormir. || Enfant endormi, à moitié endormi. || On vient de le réveiller; il est encore tout endormi. Ensommeillé, somnolent (→ Appesantissement, cit. 2). || Bêtes endormies.
32 Jésus, voyant tous ses amis endormis et tous ses ennemis vigilants, se remet tout entier à son Père.
Pascal, Pensées, VII, 553.
33 Les conducteurs, à moitié endormis, dodelinaient de la tête, les jambes pendantes presque au ras du sol.
P. Mac Orlan, la Bandera, XIII, p. 160.
34 Des vendeurs de journaux encore endormis ne crient pas encore les nouvelles, mais, adossés au coin des rues, offrent leur marchandise aux réverbères dans un geste de somnambules.
Camus, la Peste, p. 135.
Par métonymie (lieux). Où chacun dort, où tout semble en sommeil. || Ville, cité endormie. || Ruelle endormie. Silencieux. || Campagne endormie… (→ Aguet, cit. 4; cortège, cit. 3).
35 Il leur sembla meilleur de marcher dans les rues transversales, tout à fait endormies et muettes, où leurs propos, aussi protégés qu'entre les murs d'une chambre, recevaient de l'air nocturne une liberté de plus.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. IV, X, p. 98.
2 (Choses). Qui trahit le sommeil, l'ensommeillement. Ensommeillé. || Gestes endormis (→ Apathique, cit. 2). || Yeux endormis, regard endormi (→ Assoupir, cit. 16). || Démarche endormie.
3 Fig. Dont l'activité est en sommeil, momentanément suspendue. Assoupi. || Méfiance, vigilance endormie; soupçons endormis. || Peines, remords, scrupules endormis. || Passion endormie. Apaisé, calmé.
36 Quelle passion endormie se réveilla dans son cœur, et avec quelle violence !
Mme de La Fayette, la Princesse de Clèves, IV, p. 380.
37 Il pensait à part lui qu'il n'était pas impossible qu'elle eût une petite lésion tuberculeuse, endormie depuis l'enfance et que la fin de la puberté réveillait, sans danger imminent.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. III, VIII, p. 124.
4 (1580). Comportement psychique, intellectuel. Lent, paresseux. Appesanti, inactif, indolent, lent, lourd, mou, paresseux. || Esprit endormi, intelligence endormie. || Enfant apathique et endormi. Inerte.
38 (…) quoique j'eusse la santé ferme et entière (…) j'étais (…) si pesant, mou et endormi, qu'on ne me pouvait arracher de l'oisiveté, non (même) pas pour me faire jouer.
Montaigne, Essais, I, XXVI.
39 (…) la plupart de nos facultés restent endormies parce qu'elles se reposent sur l'habitude qui sait ce qu'il y a à faire et n'a pas besoin d'elles.
Proust, À la recherche du temps perdu, t. IV, II, p. 71.
B N. || Un, une endormie : une personne molle et inactive.Faire l'endormi : simuler le sommeil ou l'inintelligence.
CONTR. Éveiller, réveiller. — Intéresser, passionner; dégourdir, dérouiller, électriser. — Aggraver, augmenter, exalter, exciter, renforcer, stimuler. — Désabuser, détromper. — Veiller. — (Du p. p.) Éveillé, veilleur; bruyant, vivant; actif, alerte, ardent, courageux, pétulant, rapide, vif, vigilant.
DÉR. Endormant, endormement, endormeur, endormissement.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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